Comment la méditation n’a pas changé ma vie

« Je pense que ça peut te plaire » : il y a quatre ans, une amie m’offrait « Méditer, jour après jour » de Christophe André. Elle ne se doutait pas que ce petit cadeau allait être un des plus beaux que l’on m’ait jamais fait.

La philosophe Eva Illouz nous met en garde contre «l’happycratie», la marchandisation du bien-être, qui nous vend livres, séminaires et divers bibelots pour nous imposer une permanente amélioration personnelle en temps de rigueurs budgétaires. C’est pour cela que dans cet article, je vais vous raconter comment la méditation n’a PAS changé ma vie. Avec l’objectif de vous donner envie de vous lancer dans l’assise, sans attendre et sans attentes.

Si même Barbie s’y met…

Il y a de nombreuses façons de méditer : en suivant des méditations guidées (c’est comme ça que j’ai commencé), assis ou assise en tailleur ou sur une chaise, en marchant, les yeux ouverts ou fermés, dans sa chambre ou dans le métro. On peut combiner certaines approches en fonction de son corps et de son quotidien, ou on peut suivre les indications d’un maître dans un ashram. Evitez juste la méditation les yeux fermés en marchant dans le métro.

Pour méditer au quotidien, je m’installe sur une chaise sans toucher le dossier, les pieds posés à plat sur le sol, la paume des mains sur les cuisses. Je mets le chronomètre de mon téléphone sur 15 minutes, et je ferme les yeux.

La polka des pensées impromptues

Pendant ces quinze minutes, je ne fais « rien ». Je respire, je sens mon corps sur la chaise et… je suis bombardée de pensées. L’image cliché de la méditation la présente comme une activité où un être fait de lumière ne pense plus à rien. Rien n’est plus faux. S’il y a une chose que la méditation permet de comprendre, c’est que rien n’arrête les pensées. Pire, on ne peut pas les contrôler.

Faites l’expérience : fermez les yeux, dites-vous « allez, c’est la minute où je ne pense plus », retenez votre souffle. Vous venez d’ouvrir les vannes pour vous rappeler toutes les choses que vous avez oublié de faire, les tâches qui vous attendent, voire la fois en 1997 où vous avez appelé votre collègue Marie, Maman. Et c’est ok. C’est normal. C’est comme ça que fonctionne votre cerveau. Rien à faire.

Comment j’imagine mon cerveau (image non contractuelle)

Quand vous méditez, vous vous contentez de reconnaître ces pensées sans les suivre, et de revenir à votre respiration. Ça semble super simple, et c’est méga difficile. Mais il y a un autre mot clé caché dans l’instruction : reconnaître. Reconnaître qu’aujourd’hui on est énervée et que le simple fait de rester immobile sur la chaise nous demande un effort surhumain. L’accepter et savoir, parce que la pratique de la méditation nous l’a montré, que cet énervement va passer. Peut-être pas à cette respiration, ni à la prochaine. Mais il va passer, parce que d’autres idées, d’autres émotions vont se superposer.

Reconnaître, c’est se connaître. Je mettrais bien ça sur un mug, tiens. Restez avec moi, c’est moins grandiloquent que ça en a l’air. Je suis quelqu’un d’anxieux, et cette anxiété peut prendre la forme de ce que j’appelle « des idées fixes » où je vais ressasser la même pensée (de préférence une erreur que j’ai commise) pendant des heures, voire des jours. La méditation ne m’a PAS permis de me défaire de ce travers — ça serait trop lui demander. Mais elle m’a permis de limiter la durée de ces épisodes, en les reconnaissant et en les acceptant. Je « note » que je suis énervée, ou triste, ou en colère, et je n’essaie de pas faire comme si ces ressentis négatifs n’existaient pas. Je leur permets d’exister, et devinez quoi ? Ils finissent par s’estomper. Et je passe à l’action (si action il y a) plus sereine.

Modèle pour banque d’images, c’est une bonne situation ?

L’autre jour, ma sœur m’a dit que je m’énervais moins qu’il y a quelques années. Franchement, j’ai failli m’énerver. Je me suis contentée d’une grimace et d’un « oui bon, t’exagères un peu ». Colère : 0 — Renée : 1.

Vous reprendrez bien un peu de discipline ?

J’ai parlé plus haut du « méditant quotidien ». J’ai triché. Certes, pour que la pratique devienne une habitude, pour que les pensées se calment, pour que le corps se positionne, méditer chaque jour à la même heure est l’idéal. Sauf que je n’ai jamais vraiment réussi à faire ça. Mettre le réveil un quart d’heure plus tôt pour méditer ? Même pas en rêve. Méditer après le repas ? Je somnole. Méditer le soir ? Je m’endors. (Oui, j’ai une passion pour le sommeil, mais ça sera pour un autre article.)

Je n’ai pas envie de m’imposer la méditation comme une contrainte supplémentaire. Je médite parce que ça me fait du bien. Et je me dis qu’on a toujours quinze minute à mettre de côté dans une journée. Ce qui fonctionne bien pour moi, c’est de méditer entre deux tâches. Ça me permet de faire une pause, et de repartir allégée. Par exemple, entre consulter mes mails ce matin et écrire cet article. Sauf que j’ai écrit tout son plan dans ma tête pendant la méditation… On a dit reconnaître, c’est se connaître.

Il y a aussi des périodes pendant lesquelles je ne médite pas. Parce que je ne suis pas chez moi, parce que j’ai trop de travail, parce que je n’ai pas envie. La méditation, c’est comme le sport : je peux vivre sans, mais je suis toujours heureuse de m’y remettre. À mon rythme.

Parce qu’un meme vaut mille mots

Le plaisir de méditer

À trop mettre l’accent sur la discipline, le « contrôle » des pensées ou une éventuelle quête personnelle de sérénité, on risque d’oublier le plus important. Méditer, ça peut être agréable ! On accueille les sensations, les sons, le soleil qui chauffe notre joue, la position parfaite de notre dos. On peut partir très loin en restant immobile. Être intensément présent. On ne cherche pas un résultat plutôt qu’un autre. On médite.

On médite.

On médite.

Oh mais dites donc, cet article contre les injonctions à méditer leur est finalement fort favorable. En effet. Je ne sais pas si la méditation a changé ma vie, mais une chose est sûre : elle l’accompagne. Et je remercie encore mon amie de me l’avoir fait découvrir, presque par hasard. J’espère faire pareil pour vous.

Pour commencer / aller plus loin

À lire et écouter : Christophe André — Méditer, jour après jour

À voir : Les étonnantes vertus de la méditation (Arte)

À lire : Eva Illouz — Le développement personnel, c’est l’idéologie rêvée du néolibéralisme (Usbek & Rica)

À lire : Laurie Penny — Life-Hacks of the Poor and Aimless (The Baffler)

Discutons !

Méditer, c’est solitaire mais pas seulement. J’ai envie d’en savoir plus sur ta pratique. Oui, toi qui lit cet article. Est-ce que tu médites de temps en temps ? Est-ce que tu as envie de t’y mettre ? Qu’est ce que te bloque ? Qu’est ce qui « marche » pour toi ? Quand est-ce qu’on médite ensemble ?

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