Internet ne marche pas, internet ne marche plus

Gif montrant un écran pixellisé avec l’indication “404"

Tout à l’heure, encore, il fonctionnait et je courais d’un mail à l’autre.

Mais maintenant il n’y a plus de réseau.

Le problème, c’est que tout à l’heure, encore, je n’avais rien envie de faire, et surtout pas de travailler, et maintenant, je ne peux plus rien faire.

Vous voyez, j’ai besoin d’internet pour faire des recherches. J’ai des articles un peu techniques à rendre, et même si le titre « 5 choses que vous ne saviez pas sur l’impact du numérique sur le climat (mais que je ne suis pas sûre de savoir non plus (de toute façon on est d’accord que personne ne comprend les chiffres (et puis qu’est ce que le savoir))) » pourrait effectuer un pas de côté bienvenu dans un monde de fake-news et fact-checkers, je ne suis pas sûre qu’il passe les portes du comité de rédaction.

Finalement cet article, ça serait de la pure fiction, mes idées mises sur papier, comme… le manuscrit de roman sur lequel je suis en train de travailler. Pas de besoin de recherches, même pas besoin de traitement de textes, je pourrais prendre ces quelques heures loin du monde pour plonger dans mon monde intérieur.

Sauf que… j’en suis à un stade expédié en deux paragraphes dans tous les ouvrages et articles sur l’écriture que j’ai pu consulter ces derniers mois : le doutage. C’est le doute, et le chantage.

Le moment où tu as écrit quarante mille mots au fil de la plume, où toutes les scènes sont à retravailler en terme de style (normal, c’est un premier jet) et à revoir en terme d’intrigue (normal, tu ne sais pas où tu vas). Une montagne de travail qui te tombe sur la tête, et tu ne sais pas par quel caillou commencer. Et si ça vaut la peine, vu qu’on a rarement construit des châteaux à base de gravier. C’est le doute.

Et ton ego te dit : « de toute façon, tu n’en es pas capable, donc tu ne vaux rien » (oui, mon égo a une interprétation un peu trop rapide de l’art du syllogisme). C’est le chantage.

C’est pour ça que je courrais comme un lapin au printemps devant mes mails ce matin. Je vous jure, en temps normal, je ne les ouvre pas avant midi. J’écriiiiis. Mais le doutage fait des ravages, c’est bien connu.

Puis internet m’a abandonnée aussi sûrement que mon inspiration. Une seule solution : foutre le camp. Et m’adonner à une activité que je ne pratique que sous la contrainte : la ballade. Cette activité étrange où on décide de mettre un pied devant l’autre sans destination, pour le simple plaisir de… marcher ? Regarder autour de soi, faire attention aux petits détails de la vie, s’aérer la tête et l’esprit, prendre du recul et de la hauteur. Tout ça et plus encore.

C’est comme la résistance aux mails, ça marche mieux quand on est de bonne humeur.

Sur mon premier quart d’heure de promenade, je pense qu’on aurait pu mettre sur mon chemin le fameux gorille basketteur, que je ne l’aurais pas repéré. Mon corps n’était plus derrière l’écran, mais mon esprit y était encore immergé : j’écrivais des brouillons de mails imaginaires, j’ajoutais des évènements à mon agenda prévisionnel, bref, je ressassais mon Twitter intérieur.

J’allais très vite vers ma destination : nulle part. Mais on avait des comptes à régler, nulle part et moi. Et je ne garantissais pas de ne pas casser des trucs quand j’y serai.

Au bout de vingt minutes, le débat était plutôt entre les nuages, mon pull, et moi : ce n’est pas parce qu’on ne voit pas le soleil qu’on ne crève pas de chaud.

Au bout de trente minutes, le fil d’actualité dans ma tête se rafraichissait moins fréquemment.

Au bout de quarante minutes, j’ai fait une pause pour regarder un arbre.

Après une heure, j’avais presque oublié pourquoi j’étais aussi énervée.

C’est terrible, de prendre l’air. On marche, et ça marche.

Un peu comme mon addiction à ma boîte mail, que je m’apprêtais à rouvrir à peine rentrée, avant de commencer mes fameuses recherches sur le réchauffement climatique.

Sauf qu’il n’y a toujours pas internet.

Le monde virtuel des tâches à effectuer, des mails, du planning, s’éloigne momentanément. Rien à faire. C’est bizarrement reposant, de s’arrêter contre soi.

On n’est pas si mal sans internet finalement. Je me retrouve presque à espérer qu’il ne revienne pas.

Mais bon, faudrait pas que ça dure trop longtemps, j’ai un article à mettre en ligne.

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